Cela paraît évident. Mais un texte de Dominique Venner, profanateur de Notre-Dame de Paris, originellement diffusé à l’été 2009, a récemment été exhumé par l’Institut Iliade. Le texte porte ce titre révélateur : Pour une lecture de l’Iliade et l’Odyssée. La Bible des Européens.
S’il est évident que tout Européen doit lire (voire relire à différents âges de sa vie) une bonne traduction de l’Iliade et l’Odyssée, la formule « La Bible des Européens » est volontairement provocatrice et la rediffusion récente de ce texte est l’occasion de clarifier la chose.
Bien évidemment, nos ancêtres furent des intellectuels, des génies, les plus grands du monde, et les inventeurs de la civilisation la plus adaptée à ce que nous sommes intrinsèquement, depuis bien avant la christianisation de l’Europe. Tout n’est pas né de notre christianisation et celle-ci n’a rien détruit non plus. Les idées innées – un concept notamment décrit par Mario Varraut dans son essai Maistre, lecteur de Platon – expliquent en partie cette continuité naturelle entre ce que nous sommes de toute éternité et l’accueil de la Révélation. Une continuité d’autant plus frappante et charnelle pour nous Français, que c’est sur un champ de Bataille, avec la conversion de Clovis à Tolbiac en 496 – comme un écho à celle de l’empereur Constantin au pont Milvius en 312 – que démarra l’Histoire du royaume de France, qui ne s’achèvera que 1300 ans plus tard avec la Révolution « française ».
Que la pensée antique et que notre Histoire pré-chrétienne nous irriguent et nous inspirent encore est une évidence, une donnée tout à fait banale et normale, c’est le contraire qui serait suspect, de même qu’il est suspect de faire comme si treize siècles de civilisation chrétienne n’avaient pas existé – ou existé contre ce que nous sommes – ce qui revient à nier tous les héros, tous les martyrs, tous les miracles (et plus de 80 rois de France !) de ces plus de mille ans d’Histoire européenne. C’est pourquoi nous ne renions jamais le paganisme pré-chrétien, qui est une absolue normalité (je renvoie aux idées innées), mais que nous nous opposons au néo-paganisme parfois caché sous la formule de « retour à la Tradition », entre autres.
Et d’ailleurs, dans son propre texte au titre provocateur, Dominique Venner écrit exactement ce que nous expliquons depuis toujours sur la différence de nature entre le paganisme et le christianisme : « En réalité, les dieux d’Homère sont des allégories des forces de la nature et de la vie. », il écrit que « la fatalité » est le vrai nom de « l’intervention des dieux » et il précise que les dieux sont « la figuration des forces naturelles ».
Ailleurs dans son texte, Dominique Venner cite Marcel Conche : « la société qui peut lire son avenir dans son passé est une société en repos, sans inquiétude », mais cette citation n’a aucune cohérence intellectuelle ni sensible si le passé des Européens d’aujourd’hui n’est que la période antique et la négation des plus de mille ans de civilisation chrétienne qui ont suivi la Pentecôte, civilisation dans laquelle se sont également épanouis les Français et les Européens. Se faire croire que notre passé constitutif serait uniquement le paganisme antique et pas des siècles et des siècles de France et d’Europe chrétiennes est le meilleur moyen de transformer le « repos » et la quiétude mentionnés dans cette citation en schizophrénie et en combat contre le réel, soit tout l’inverse de la quiétude et du repos.
L’Iliade et l’Odyssée ne sont pas la sainte Bible, évidemment, mais il n’y a pas non plus de contradiction entre cette œuvre et la sainte Bible, puisque chronologiquement il est évidemment impossible de reprocher aux pré-chrétiens de n’avoir pas été chrétiens, c’est un non-sujet, et Homère en dotant l’Europe de ses premiers monuments littéraires n’a ni créé ni voulu créer de religion. L’existence de cultes pré-chrétiens de dieux figuratifs est absolument logique et porte la marque de notre Créateur vers lequel notre âme tend naturellement, et les Evangiles qui retracent la vie et l’enseignement du Verbe fait chair – ce mystère de l’Incarnation – n’est absolument pas une contradiction avec cet élan naturel de l’âme, mais en constitue la justification (au sens non biblique pour le coup).
Tout cela n’est que continuité, et jeter l’ère pré-chrétienne contre l’ère chrétienne est une stupidité radicale, c’est vouloir faire marcher l’Europe sur une jambe, comme les élites tentent de le faire depuis la fin du XVIIIème siècle en enfonçant notre continent chaque jour un peu plus dans le chaos intellectuel, spirituel, moral, matériel, etc.
Vive le poète Homère, et vive Notre-Seigneur Jésus-Christ !